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Tara Sonenshine: «pas de liberté de presse sans organisations fortes»

Par Idriss Linge envoyé spécial à Washington - 15/05/2013

La sous-secrétaire d’Etat américaine à la Diplomatie et aux affaires publiques a donné la vision de l’administration américaine sur la presse

 

Cette interview a été réalisée à partir de questions des différents journalistes présents à la conférence de presse de la sous-secrétaire d’Etat américaine à la Diplomatie et aux affaires publiques, le 3 mai 2013 à Washington. Il s’agit de Carmen Valica Niculita de Roumanie, Astrid Blank Giron du Guatemala, Houssem H’mad de Tunisie, Lulu Harris du Zimbabwe et Idriss Linge du Cameroun

Quel est votre point de vue sur ce qui arrive en Europe centrale, notamment dans des pays comme la Roumanie ou la Hongrie où, on observe un recul sur la liberté d’information et d’expression?
On a souvent confondu liberté de la presse et droits de l’homme. Bien sûr ce sont des droits de l’homme, mais les journalistes ont besoin de leurs propres associations, syndicats et organisations professionnelles. Je pense que ce ne serait pas pertinent de mettre toutes ces choses dans le même panier. Le métier de journaliste est quelque chose d’unique qui demande des organisations spécifiques, une communication et une législation qui respectent la profession dans son intégrité.

Le Guatemala dévient lui aussi un corridor du crime organisé et du trafic de drogue, comment percevez-vous cette situation dans la perspective de la liberté de la presse?
Une chose que j’ai apprise sur mes trente années de relations internationales, c’est qu’on ne peut jamais généraliser lorsqu’il s’agit des pays, en ce sens que les situations propres dans chaque pays sont différentes et difficile à envisager. Sur cette base-là la question du fait qu’il y ait trafic ou pas trafic signifie que les investigations de journalistes sont encore plus importantes que jamais. Et je pense que cela doit nous concerner nous tous, pas seulement pour une bonne presse, mais aussi pour une bonne sécurité des journalistes. Nous sommes en train d’ouvrir des hubs de formations pour les journalistes partout afin qu’ils sachent quoi dire à ces propos tout en travaillant en sécurité. Pour ce qui est de l’Afrique nous avons un de ces hubs à Nairobi au Kenya et je pense que de plus en plus il sera intéressant d’offrir ces formations sur la manière de travailler en sécurité aux journalistes.

 


© Idriss Linge
Mme Tara Sonenshine
Quelle évaluation faites-vous du l’avenir de la liberté de presse dans les pays qui ont souffert du printemps arabe (Yemen, Egypte, Tunisie)… lorsqu'on sait qu’ils sont en train de basculer dans des régimes islamiques?
Mon évaluation est que si j’étais reporter aujourd'hui, j’écrirais une histoire avec pour titre, «Après la révolution, vient l’évolution». Je le dis parce que je pense que dans le secteur des médias, après que tout le monde ait couvert les révolutions, le vrai travail commence, un travail plus intéressant sur la manière dont les constitutions sont gérées et les lois rédigées. Les gens n’aiment pas lorsque l’Amérique intervient sur les sujets des droits de l’homme. Mais je dois dire que nous ne parlons pas des droits des américains à la liberté d’expression par exemple. Ce sont des droits universels et nous nous sommes engagés à les défendre.

Que pensez-vous de la liberté de la presse au Zimbabwe qui vit actuellement un contexte d’élection dans un climat de peur?
Je ne pense pas que des désaccords sur les élections soient quelque chose de mauvais tout autant que je ne pense pas qu’un désaccord avec des journalistes soit une mauvaise chose. Ce qui est mauvais c’est lorsque ces journalistes sont censurés ou interdits d’accès à la couverture d’un évènement. Je pense que c’est mauvais lorsque les médias sont complètement contrôlés par des partis ou le pouvoir et qu’être propriétaire de média indépendant deviennent économique étreignant sans qu’il ne puisse avoir de la publicité pour survivre. Ce n’est pas seulement le cas du Zimbabwe c’est une réalité générale à laquelle les journalistes font face, en plus du harcèlement, du kidnapping, du meurtre et de la disparition. Mais je crois que les choses changent en Afrique et j’en suis heureuse. Je reviens d’Ethiopie où j’ai discuté avec de jeunes journalistes et c’était très optimiste. Ils sont jeunes et veulent du journalisme d’investigation; enquêter sur la corruption ; présenter les maux et les fautes. Pour ma part nous avons besoin d’avoir plus de journalistes, plus de programme d’échange et plus d’école de journalisme. Nous ne sommes parfaits aux États-Unis pour ce qui est du journalisme. Nous avons beaucoup à apprendre sur comment couvrir les autres environnements culturels de manière à mieux les présenter. Je pense que c’est un investissement en vue d’un échange mutuel. Je ne sais pas si les gens peuvent comprendre ce qu’est d’être journaliste. Je l’ai été en Iran au Cuba et en Afrique du sud. Jusqu'à ce qu’on devienne journaliste, on ne peut savoir à quel point c’est un métier difficile.

Lorsque vous discutez avec les gouvernements des pays d’Afrique centrale quels enjeux sont au centre de vos échanges du point de vue de la liberté de la presse?
Je présume que dans cette salle nous sommes tous des journalistes. Mais je ne pense pas que le fait d’avoir une caméra ou un appareil de prise de son fait de nous un journaliste, pour ma part cela doit être clair. Il existe une certaine éthique, des standards et un professionnalisme qui doivent encadrer la profession de journaliste et que nous devons garder à l’esprit. Une manière de gérer cela serait d’avoir des organisations professionnelles de journaliste fortes et structurées.

Le rapport du Freedom House a présenté les performances de liberté de la presse dans les pays dont ceux d’Afrique. Pour le Cameroun, c’est «Not free», ainsi que pour beaucoup d’autres pays africains. Ce type de rapport n’est-il pas un crochepied à la nouvelle stratégie économique du président Obama pour l’Afrique, conditionnée par l’existence de la démocratie?
Le classement fait par le Freedom House des pays sur le respect de la liberté de la presse dans le monde est un classement franc et élaboré, mais je m’interroge sur leurs lignes «libre», «partiellement libre». Cela a été fait de bonne foi mais je me suis interrogée quand même car, «partiellement» est un mot partiel. Concernant le président Obama et l’Afrique, je ne veux pas faire des prédictions mais vous allez bientôt voir de nombreux engagements se produiront dans les prochains mois, à l’endroit des jeunes leaders africains. Il y aura de plus en plus de programmes de renforcement au sein du continent. Je pense vraiment que le temps est venu pour nous de porter plus d’attention à l’Afrique. Je ne le vois pas pour demain, mais pour aujourd'hui.

 

MOTS CLES :  Liberté Presse   Journaliste   Tara Sonenshine   Monde 

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