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Guinée équatoriale: Placido Mico, infatigable opposant

Par Source: AFP - 13/07/2012

«Mes amis ne me saluent pas en public par peur des représailles»

 

Le principal opposant Placido Mico, hostile à la réforme constitutionnelle adoptée par référendum dimanche dernier, affirme aspirer à la "démocratie et l'Etat de droit" en Guinée équatoriale dirigée par Teodoro Obiang Nguema depuis 1979. «Je me suis lancé dans la politique en raison des atteintes aux droits de l'Homme et de l'injustice. Le régime (d'Obiang) n'a fait que continuer le régime policier de Macias» Nguema, premier président de la Guinée, dictateur renversé et fusillé en 1979, a expliqué à l'AFP Placido Mico, emprisonné à plusieurs reprises et actuellement unique député de l'opposition. La Guinée, petit pays pétrolier, a adopté par référendum (97% oui) une réforme constitutionnelle prévoyant notamment la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels sans qu'il soit possible de savoir si le texte s'applique au président Obiang élu en 1989, réélu en 1996, 2002 et 2009. L'opposition dénonce les nombreuses irrégularités qui, selon eux, ont entâché le scrutin et elle conteste les résultats.

 


© elpais.com
Plácido Micó
Né le 11 juillet 1963 près de Mbini (sud-est de la partie continentale) dans une famille modeste, Placido Mico ne se prédestinait pas à la politique. Grâce à une bourse espagnole, il obtint un diplôme d'ingénieur chimiste de l'université de la Complutense de Madrid. Revenu au pays, il ne trouva pas de travail à la mesure de ses compétences et devint enseignant. «J'ai commencé alors à avoir des problèmes avec le régime parce que je disais ce que je pensais», explique-t-il. Il se lança alors dans le droit et devint avocat. Il prépare aujourd'hui une thèse sur "Les droits de l'Homme et l'Etat en Afrique". [i «Après la chute du mur de Berlin et les conférences nationales en Afrique, on aspirait au multipartisme. Comme aucun parti ne contredisait le régime, nous avons créé dans la clandestinité la Convergence pour la démocratie sociale (CPDS)», se souvient M. Mico. «On distribuait le journal du parti, "La Verdad", dans les boîtes aux lettres, la nuit, pour que personne ne sache qui le faisait, raconte M. Mico. Malgré ces précautions, il est finalement arrêté en 1992. «J'ai été torturé avec la méthode dite "Ethiopie": on t'attache les pieds et les mains à un bout de bois, on te suspend en l'air et on te frappe. Encore aujourd'hui, je n'ai plus de force dans un poignet à cause des mauvais traitements», raconte M. Mico.

Libéré sous la pression internationale, il devint en 1994 secrétaire général de la CPDS désormais autorisée. «La répression s'est durcie en 1996.1996, c'est aussi l'année de l'arrivée de l'argent des multinationales (du pétrole)», souligne Mico, qui dénonce "l'achat d'opposants". Le président Obiang remporte ensuite la présidentielle de la même année avec 99,4% des voix. En 1999, Mico est élu unique député de la CPDS pour la première fois mais "le parti a décidé qu'on ne siégerait pas" pour protester contre le résultat du scrutin. Quatre ans plus tard, il est arrêté pour complicité de tentative de complot contre l'Etat. «J'ai été arrêté et incarcéré à Black Beach (la prison de Malabo, la plus célèbre du pays). J'y ai subi des traitements inhumains. Je suis resté en isolement pendant 12 mois, mangeant un pain par jour, sans voir le soleil, avec un "bain", c'est-à-dire un seau d'eau par semaine», explique-t-il.

Il bénéficie d'une grâce présidentielle en 2004. Elu député à nouveau en 2004 (il siège cette fois-ci), puis en 2008. Il est actuellement le seul député de l'opposition sur les 100 membres de la Chambre des représentants du peuple. «Avant, les débats à l'Assemblée étaient diffusés en direct à la radio. Aujourd'hui, on me coupe au montage. Le locuteur raconte ce que j'ai dit. On me voit bouger les lèvres, mais on n'entend jamais le son de ma voix», rapporte Placido Mico. Il affirme s'être habitué à sa vie mais souligne que beaucoup, amis et mêmes membres de sa famille ne le saluent pas en public «par peur de représailles, de perdre leur emploi ou autre.» Aujourd'hui, conclut-il, la Guinée est une grande prison.

 

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