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La schizophrénie de Washington au sujet du clan Obiang

Par Ken Silverstein (Foreign Policy) - 20/07/2012

Le département de la Justice américain s’en prend au pouvoir équato-guinéen, une dictature riche en ressources naturelles.

 

Au même moment, le département d’Etat aide son dirigeant à polir son image. La remise du prix Unesco-Guinée Equatoriale pour la recherche en sciences de la vieaujourd'hui à Paris suscite la polémique. Ce prix est financé par le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, connu pour tenir son pays d'une main de fer et actuellement dans le collimateur de la justice française dans l'affaire dite des biens mal acquis. Dans une lettre ouverte, des ONG tel Human Rights Watch s'insurgent: «Il est honteux et totalement irresponsable pour l'Unesco de remettre ce prix, eu égard aux multiples questions morales et juridiques qui l'entourent.»

Le ministre des Forêts de Guinée équatoriale refuserait d’accorder des permis d’exportation de bois aux entreprises étrangères qui ne lui verseraient pas de pot-de-vin. Il accepterait les chèques ou les mallettes remplies de billets. Les compagnies qui s’exécutent peuvent abattre du bois où ça leur chante, y compris dans des réserves forestières nationales normalement protégées, selon les lois du pays. Les entreprises refusant de soudoyer le ministre seraient chassées et se verraient confisquer leurs propriétés et leurs équipements. Ces allégations sont relatées dans une plainte modifiée, déposée au civil, le lundi 11 juin, par le département de la Justice américain, qui cherche à récupérer des dizaines de millions de dollars de biens appartenant à Teodorin Obiang, le fils notoirement soupçonné de corruption du président de la Guinée équatoriale.

 


© REUTERS/Amr Dalsh
Le président équato-guinéen Teodoro Obiang, à Bata, février 2012
Selon le gouvernement américain, ces biens —qui comprennent un somptueux domaine à Malibu, en Californie, et pour plus d’un million de dollars d’objets ayant appartenu à Michael Jackson, notamment un «gant blanc couvert de cristaux “Bad Tour”»— ont été achetés avec de l’argent sale blanchi aux Etats-Unis. Le département de la Justice a déposé sa première plainte en octobre 2011. Les avocats d’Obiang ont rétorqué que la plainte devait être rejetée faute de preuves de corruption; le 12 avril, le juge de district américain George Wu déclarait qu’il classerait l’affaire si le département de la Justice ne fournissait pas davantage de preuves dans un délai de 60 jours. La plainte déposée le 11 juin est la réponse du gouvernement. Si la corruption de Teodorin est flagrante depuis longtemps, la plainte du 11 juin y apporte des détails substantiels inconnus jusqu’ici.

Enquêtes pour corruption massive
Le père de Teodorin, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, dirige la Guinée équatoriale depuis sa prise de pouvoir à la suite d’un coup d’Etat en 1979. Le pays, riche en pétrole, revendique un revenu annuel de 19.300 dollars par habitant, comparable à celui de la Hongrie, mais la plus grande partie de la population vit dans une misère noire. Ce qui n’a pas empêché le président Obiang de se remplir les poches: en 2006, il a réussi à se classer huitième dans la liste établie par Forbes des dirigeants les plus riches du monde, avec une fortune estimée à 600 millions de dollars. Obiang a nommé son fils Teodorin vice-président du pays et a clairement l’intention de lui transmettre le pouvoir quand il aura décidé de prendre sa retraite. La famille Obiang fait l’objet d’enquêtes pour corruption massive en France et Espagne, ainsi qu’aux Etats-Unis.

En Espagne, un tribunal enquête sur l’achat par onze des proches et associés du président équato-guinéen de propriétés à Madrid et aux Canaries, pour 26,5 millions de dollars, de l’argent qui aurait été blanchi. Teodorin est au cœur de l’enquête française. En septembre 2011, la police a saisi onze véhicules de luxe dans sa résidence parisienne, à côté de l'avenue des Champs-Elysées. Selon le département américain de la Justice, en 1993, Obiang aurait accordé à Teodorin —24 ans à l’époque— une concession d’exploitation de bois sur presque 36.400 hectares de forêt tropicale humide. suivre sur

 

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