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Lettre ouverte de Tutu Alicante au ministre français des Affaires étrangères

Par Tutu Alicante - 02/08/2012

président d'EG Justice

 

c'est dans le quotidien français "Libération" qu'on pouvait lire cette "lettre ouverte" de Tutu Alicante, président d'EG Justice, et de John Githongo, directeur général de l'Inuka Kenya Trust, adressée au nouveau ministre français des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius:

«Si seulement les dirigeants africains consacraient autant de temps et de créativité à appliquer la loi qu’ils le font à tenter de la contourner! Certes, les politiciens qui se considèrent au-dessus de la loi ne sont pas l'apanage de l'Afrique, mais les politiciens africains semblent avoir érigé cette façon d'agir au rang d'art. Aujourd'hui, un président africain veut porter ce savoir-faire artistique à un autre niveau en essayant de placer son fils au-dessus des lois d'un autre pays. Pour arriver à ses fins, il cherche sans vergogne à se servir d'une organisation internationale.

Il s'agit du président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang, le plus ancien dirigeant en exercice du monde. En octobre 2011, deux semaines seulement après que la police française eut effectué une descente dans une luxueuse villa d'un quartier huppé de Paris et eut saisi onze voiture de sport haut de gamme appartenant à son fils, Teodoro ("Teodorín") Nguema Obiang Mangue, le président Obiang a nommé Teodorín à la mission diplomatique de son pays auprès de l'Unesco, dont le siège se trouve à Paris. Cette démarche vise à garantir à Teodorín l'immunité diplomatique. Elle pourrait mettre Teodorín à l'abri de l'enquête menée par le gouvernement français sur des affaires de corruption et de blanchiment d'argent dans lesquelles seraient impliqués des responsables de haut niveau de Guinée équatoriale, du Gabon et de la République démocratique du Congo. Dans le cadre de cette enquête, un procureur français a approuvé la délivrance d'un mandat d'arrêt international à l'encontre de Teodorín pour blanchiment d'argent.

 


© http://dailyuw.com/
Tutu Alicante, président d'EG Justice
Les avocats de Teodorin affirment que leur client a fait fortune honnêtement et est accusé à tort. Mais, plutôt que de permettre à l'enquête française de suivre son cours en faisant confiance en la capacité de ses avocats chevronnés à défendre son innocence, le père de Teodorín a décidé de chercher à faire fi de la primauté du droit et à abuser du statut de l'Unesco pour bloquer l'enquête. Son gouvernement a également menacé la France de "représailles" pour le dossier de corruption ouvert à l'encontre de Teodorín.

A notre détriment, nous avons vu des dizaines de dirigeants- ou, dans bien trop de cas, le même dirigeant pendant des dizaines d'années - traiter les lois comme de simples suggestions plutôt que comme des statuts inviolables. Nous avons entendu des dirigeants s'insurger contre la corruption alors qu'ils puisaient dans les caisses de l'Etat. Nous avons entendu des dirigeants prêcher la valeur de la démocratie alors qu'ils violaient les lois électorales. Nous avons entendu des dirigeants blâmer le colonialisme pour les problèmes de leurs pays tout en niant toute responsabilité pour leurs propres échecs politiques.

La France n'est pas sans reproche lorsqu'il s'agit de la corruption africaine. De nombreux scandales, portant sur des versements de commissions entre de hauts fonctionnaires français et africains, ont été révélés au cours des dernières années. Mais les affaires de corruption actuelles visant trois dirigeants africains - et la tentative du président Obiang d'utiliser l'Unesco de façon abusive - offrent au gouvernement français l'occasion de faire la preuve de son engagement renouvelé à lutter contre la corruption et l'impunité. Pour bénéficier de l'immunité diplomatique, Teodorín doit tout d'abord recevoir un titre de séjour spécial délivré par le ministère des Affaires étrangères. En faisant obstacle à la tentative à peine voilée du président Obiang de se servir de l'Unesco pour soustraire son fils à l'enquête, la France peut envoyer un message aux dirigeants partout dans le monde : la communauté internationale ne soutiendra ni la corruption, ni l'impunité.

Après des décennies de promesses de réformes et en dépit des efforts déployés par bon nombre de militants et d'organisations engagés dans la lutte contre la corruption à travers l'Afrique, elle reste l'un des plus importants obstacles à la croissance économique et à la stabilité politique sur le continent. Les citoyens africains ordinaires ont conscience de la corruption et de soni impact sur le combat qu'ils mènent au quotidien pour que eux et leurs enfants puissent jouir d'un avenir meilleur. Les Africains sont capables de faire le rapprochement lorsque les responsables du gouvernement passent au volant d'une nouvelle Mercedes alors que pratiquement toute la population peine à ramener à la maison de quoi manger er à payer les uniformes scolaires.

Nous nous réjouissons donc de certains signes récents qui indiquent que la France poursuit son enquête sur la corruption à laquelle se livrent des responsables gouvernementaux africains. Dans un monde de plus en plus globalisé, où l'argent peut aisément disparaître comme par magie des caisses de l'Etat et se transformer en comptes bancaires offshore, en somptueuses villas et en belles voitures de sport, combattre l'impunité et réclamer des comptes aux dirigeants sont aujourd'hui des tâches qui requièrent la diligence de la communauté internationale.

Nous, les Africains, devons jouer notre rôle et faire pression pour que les responsables soient tenus de rendre des comptes. Mais, lorsque nos dirigeants cherchent à utiliser le système international en toute impunité, la communauté internationale se doit de prendre les mesures qui s'imposent pour veiller à ce que les normes de justice et l'Etat de droit soient protégés par-dessus tout.»

(Source: "Libération", 23.05.2012)

 

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